Mardi, en rentrant de son travail, ma mère passe, comme à son habitude, par la poste déposer le courrier de sa société. Elle en profite pour retirer de l'argent au distributeur automatique, puis retourne à sa voiture, s'installe au volant et en voulant refermer la portière, une femme très nerveuse pointe violemment un objet (qu'elle fait passer pour une arme) sur le bras gauche de ma mère, l'a menace et la contraint de lui remettre toutes ses liquidités. Ma mère lui fournit deux billets de 20 euros. Mais devant son instance et sa pression, deux autres billets lui ont été remis. Une fois l'argent empoché, elle prit la fuite.
Grâce à deux témoins, la police est immédiatement venu sur place. L'un des témoins ayant apparemment un grand sens de l'observation, a su parfaitement décrire cette femme. La police a su identifier le suspect et procéder à son interpellation à domicile. Interpellation musclée "on a dû vous attacher, vous étiez une furie" lance le président, lors de la comparution immédiate au tribunal correctionnel, le lendemain de l'agression. Il se met ensuite à lire un casier judiciaire sans fin, comprenant déjà 10 condamnations à de la prison ferme. "Vous avez épuisé toutes les prévisions du code pénal dans ce que l'on peut appeler la violence quotidienne", continue le président. Tout semble lié à un problème de drogue, objet de plusieurs condamnations. Cette femme explique "j'avais pris beaucoup de cachets, de Lexomil, du Tranxene. J'ai pété les plombs". Elle admet prendre du Subutex aussi, même si la dose descend. A la demande du président, ma mère a tenté de décrire ce que l'on ressent dans une telle situation "j'étais dans un état second, puis on ne pense plus qu'à ça...", "je vous présente mes excuses, madame" lui répond l'agresseuse.
Pour sa défense, son avocate explique qu'elle a eu une enfance très difficile. Elle a également fait remarquer qu'elle est mère de deux enfants (13 et 3 ans). Après un délibéré, cette femme a été condamnée à un an et trois mois de prison ferme.
Pour certains, la peine peut paraître insuffisante en regard du traumatisme psychologique qui peut en résulter. Il est évident que dans une telle situation où l'on sent que sa vie ne tient plus à rien, qu'on se demande où ira la balle, et de n'avoir aucun contrôle, on n'en ressort pas indemne... Pourtant, jamais nous n'avons le contrôle sur notre vie, chaque jour, elle ne tient à rien, et je crois qu'il est bien de le garder en tête pour davantage l'apprécier, vivre et aimer nos proches.
Enfin, après avoir entendu un tel palmarès chez cette prévenue, je m'interroge sur ce qui se passe après les "procès", qu'en est-il de notre système judiciaire? et du système pénitentiaire? Offrent-ils une ouverture vers la réinsertion? Personnellement, j'en doute fortement. Je n'ai pas toujours apprécié l'attitude du président qui me donnait l'impression de la rabaisser. Je ne cherche pas d'excuse à cette femme, elle est adulte et elle a à assumer ses actes. Néanmoins, j'ai eu le sentiment de voir une femme complètement paumée, meurtrie par le malheur et la douleur d'être prise dans un piège. Peut-être, se complait-elle dans un statut de victime, de femme ayant eu une enfance malheureuse, mais peut-être aussi que notre système français n'oriente pas ces personnes vers des dispositifs d'aide adaptés, et oublient de tenir compte de la dimension humaine et de l'histoire de chacun pour mieux comprendre certains actes et ceux qui les commentent, sans pour autant les pardonner.